Meyrin Autrefois

Cette rubrique a pour but de mettre en lumière des éléments de l'histoire de Meyrin sur la base de documents des archives de la Commune

Articles disponibles:

  • Histoire de Meyrin: rattachement de Meyrin à Genève et à la Suisse (1815). Cliquez ici pour lire l'article.
  • On patine à Meyrin!
  • 16.12.1985: un avion privé s'écrase sur le toit d'un immeuble de la cité
  • Plan de Meyrin de 1829
  • L'Hôpital de la Tour
  • 1924: adoption des armoires de la commune
  • Course d'école à Bâle (1944), avec M. le Maire
  • Les Frères Charnaux; histoire de la Campagne Charnaux 
  • Le comte et la comtesse de St Bon
  • Une Swissminiatur à Meyrin?
  • Le service divin incompatible avec le service du vin
  • Histoire du Terrain Jakob
  • Un roi enterré à Meyrin
  • ABC...Z, ou les 35 ans du Groupe scolaire des Champs-Fréchets
  • De la Villa Montgardin à la Villa du Jardin alpin
  • Une locomotive aux armoiries de Vernier-Meyrin
  • Pas si sages les Meyrinois?

On patine à Meyrin

On patine à Meyrin ! 

De l’hiver 1889-1890 à l’hiver 1920-1921, la zone, alors marécageuse, qui accueille actuellement le centre sportif était transformée en étang de patinage, pour le plus grand bonheur des Meyrinois mais également des Genevois.

Marais gelés
Dans la seconde moitié du XIXe s., le patinage de loisir est à la mode et le canton compte déjà quelques patinoires naturelles, à Conches, à Florissant et à la Pallanterie. A Meyrin, c’est au maire alors en fonction, Alphonse Large, que l’on doit l’idée de la création d’un étang de patinage. Sa proposition est acceptée par le conseil municipal le 3 novembre 1889. Bien que toute la zone du bas du village (centre sportif actuel) fût constituée de marais naturels, nos sources mentionnent l’existence d’une vanne servant à réguler leur niveau. Celle-ci était ouverte le 1er novembre, pour inonder la zone et sans doute pour assurer une bonne surface de glace, et refermée le 28 février.

20 cts l’entrée
L’exploitation de l’étang de patinage constituait un revenu pour la commune car tout patineur (excepté les enfants) devait s’acquitter d’une entrée de 20 cts (amende de 50 cts pour les contrevenants, dès 1906). Pour l’hiver 1891-1892, les comptes communaux font état de 3420 entrées 1) (684.-) et de la vente de 866 jetons à 10 cts (soit 86,60.-) pour le vestiaire installé sur place. Ces chiffres semblent avoir été moins importants les années suivantes, mais les comptes, peu détaillés, ne permettent pas d’en faire une analyse significative. D’abord exploité directement par la commune, l’étang de patinage fut mis en location dès l’hiver 1895-96 sur la base d’un cahier des charges. Cela rapportait alors en moyenne à la commune 250.-. Mais ce revenu a connu quelques fluctuations : les locataires ont parfois obtenu une baisse du prix de la location en raison de conditions climatiques défavorables, ou se sont révélés mauvais payeurs : la location due pour l’hiver 1909-10 ne sera payée qu’en 1913, après démarches judiciaires!

Pour le bonheur du cordonnier
L’étang de patinage était surtout fréquenté les jeudis et dimanches, jours de congé, si bien que le cahier des charges de location mentionnait que « le locataire pourra interdire l’accès de l’étang le mercredi et le samedi afin qu’il soit mieux préparé pour le lendemain »2). Des patineurs de tout le canton se rendaient alors à l’étang de Meyrin en train, informés sur la praticabilité de l’étang, les activités proposées et les horaires de trains par des annonces dans le Journal de Genève. Celles-ci mentionnent comme activités « concours d’adresse avec de nombreux prix, dont une partie sera attribuée au concours spécial réservé aux dames » (14.02.1901, JdG) ou encore « dimanche : fête de nuit » (09.02.1907, JdG). Les abords de l’étang accueillaient également, outre un vestiaire, une cantine chauffée, une marchande de marrons et un « atelier » de cordonnerie. En effet, il n’existait pas alors de chaussures spéciales de patinage mais on fixait des lames aux chaussures de ville par un système de griffes et de fixation au talon. Ce dispositif ne manquait pas de générer quelques talons arrachés, ce qui faisait les affaires du cordonnier du village, Jacques Rossi, dont l’apprenti se tenait à disposition avec ses outils au bord de l’étang…

D’une patinoire à l’autre
L’étang de patinage disparut en 1921 suite au drainage des marais. Les Meyrinois durent attendre 1978 (construction de la patinoire en plein air) pour pouvoir à nouveau patiner à Meyrin, et cela dans la zone-même où se trouvait autrefois l’étang ! Dans l’intervalle, ils purent se rabattre sur l’étang du Bois du Lan (actuel Conforama), bien plus petit et dont le gel était plus aléatoire.

Tableau d’un autre temps
L’étang de patinage a été immortalisé par les frères Charnaux, photographes établis à Meyrin. Leurs photos permettent de nous rendre compte de ce à quoi pouvait ressembler le patinage au début du siècle, effectué en habit de ville, longues robes pour les femmes, costumes et chapeaux pour les hommes…


 

Notes:

1) Meyrin comptait alors environ 1000 habitants
2) Cahier des charges pour la location de l’étang de patinage, octobre 1895. ACM, correspondance communale, A.4.25

Sources: pv du Conseil municipal; Dumont, Eugène-Louis. Histoire de Meyrin. Meyrin, 1991, pp. 575-580; témoignage oral d'Auguste Rossi, ACM.

 

Crash

16.12.1985 : un avion privé s’écrase sur le toit d’un immeuble de la cité

« Catastrophe aérienne à Meyrin », « Crash sur Meyrin », « Un air d’apocalypse à Meyrin» : tels sont les titres de la presse suite à l’accident d’un avion privé au cœur de la cité de Meyrin le 16 décembre 1985 dont le bilan se monte à trois victimes, les occupants de l’appareil.

Fin de course sur les toits de la cité
Ce lundi soir 16 décembre 1985, Meyrin est enveloppé dans le brouillard. Il est 19h04 lorsqu’un avion privé, un bimoteur allemand PN 68 de marque italienne Partenavia, heurte une partie du toit du 35, avenue de Livron, plus précisément la structure extérieure de la cage d’ascenseur (abritant la machinerie). L’avion perd son aile droite dans l’accrochage et est projeté contre l’angle de l’immeuble d’en face, le 50, avenue de Vaudagne. Sous la force du choc, la dalle du toit de l’immeuble de six étages est déplacée et un début d’incendie se déclare dans l’appartement d’angle heureusement inoccupé. Quant à l’avion, il prend feu et ses trois occupants sont tués. Les débris de l’appareil, mêlés à des parties des corps déchiquetés, tombent sur le parking de l’immeuble et dans un périmètre de 500 mètres, endommageant une cinquantaine de voitures. Par miracle, personne ne se trouvait alors dans cette zone et aucun Meyrinois n’a été blessé. Le pire a également été évité : si l’avion avait heurté l’immeuble quelques mètres plus bas, il se serait encastré dans les appartements… L’avion, allemand comme ses trois occupants, avait décollé de Cointrin à 19h02 pour Stuttgart d’où il était venu quelques jours auparavant pour affaires.

 

Les débris de l’appareil au pied de l’immeuble. Tribune de Genève, édition dernière heure, 17.12.1985

Peur sur la ville
On peut imaginer le choc et la peur ressentis par les habitants dont voici quelques témoignages parus dans le journal La Suisse du 18.12.1985 : « Tout a été secoué. Un bruit sec a précédé l’explosion. Nous avions peur que ce soit un avion de ligne » (habitant du 4ème étage de l’immeuble percuté) ; « J’ai eu une grande peur au moment du choc. L’avion volait très bas. Il avait l’air de s’être perdu. Avec l’explosion, nous avons vu une lueur jaune ou orange » (témoin d’un immeuble voisin).
Durant la soirée du drame, la mairie de Meyrin a servi de centre d’information, en présence notamment de M. Robert Ducret, président du Conseil d’Etat et bien sûr des autorités meyrinoises.

Une erreur humaine
Ce n’est qu’en mai 1988 que les conclusions sur les causes de l’accident ont été rendues publiques par la commission fédérale d’enquête sur les accidents d’aviation. Son rapport conclut à une erreur humaine (faible expérience du pilote qui n’avait jamais décollé dans des conditions de brouillard). L’avion s’est trouvé dans une attitude incontrôlée au cours d’un virage trop serré et précoce (l’avion ne devait pas survoler Meyrin) pendant la phase ascensionnelle et dans de mauvaises conditions météo. Etant donné la faible altitude de l’appareil, le pilote n’est pas parvenu à rétablir la situation à temps.
François Beuret

Sources: articles de presse conservés aux Archives communales ; rapport de la commission fédérale d’enquête sur les accidents d’aviation, 1987 (en ligne)
 

Plan de Meyrin de 1829

Plan de Meyrin de 1829

Le plus ancien plan de Meyrin conservé aux archives de la commune date de 1829. L’original a été dessiné à la main par le géomètre genevois Jean Rodolphe Mayer (1805-1882) et fait partie de l’Atlas communal du canton de Genève (1828-1830). J.-R. Mayer travailla notamment à l’établissement de la carte Dufour (première carte de la Suisse basée sur des mesures géométriques précises) et dressa des cartes dans le nord des Etats-Unis.

                     Télécharger le plan en haute résolution

Un village agricole
En 1829, Meyrin était un village agricole d’environ 500 habitants. A la vue du plan, on est frappé par la petite taille de l’espace construit (village) par rapport à la dimension de la commune. Le village était concentré entre l’actuelle Auberge communale (l’école primaire, actuelle Maison Vaudagne, n’existait pas et le cimetière se trouvait alors autour de l’église) et le croisement rue Virginio-Malnati/chemin du Vieux-Bureau. On voit peu de constructions le long de la route de Meyrin. A cela s’ajoutait une douzaine de maisons à Cointrin et à Mategnin, et quelques maisons à Feuillasse et Maisonnex (séparé entre Maisonnet-dessus et Maisonnet-dessous).

Meirin
Les observateurs attentifs auront remarqué l’orthographe inhabituelle des noms de Meyrin, de Mategnin et de Maisonnex qui sont écrits « Meirin », « Matignyn » et « Maisonnet ». Ce  phénomène n’est pas propre à Meyrin : l’orthographe a longtemps été flottante, particulièrement pour les noms propres, à une époque où l’oralité prédominait. Jusqu’à la fin du XIXe s., on rencontre parfois au sein d’un texte les mêmes mots orthographiés différemment.

Toponymie
Sur le plan, on distingue clairement les rues principales qui subsistent aujourd’hui, mais sous des appellations différentes, à caractère géographique.  Ainsi, la route de Meyrin s’appelait route de Lyon, l’avenue de Vaudagne, route de Ferney. En dehors de ces voies importantes, les autres chemins, agricoles, ne portent même pas de nom et sont désignés sur le plan comme « chemin communal de 2e (ou même 3e) classe ». Les repères utilisés par les habitants étaient plutôt constitués par les lieux-dits. Ceux-ci figurent en bonne place sur la carte et lorsque, plus tard, il s’est agit de dénommer toutes les rues de Meyrin, les autorités ont puisé dans cette source.  On retrouve donc beaucoup de ces lieux-dits dans nos noms de rues, avec quelques évolutions phonétiques (A la Goulette, Aux Boudins, A Riantbosson, etc.).
 

L'Hôpital de la Tour

L'Hôpital de la Tour

Le 22 octobre 1976, le premier hôpital de la rive droite, l’Hôpital de la Tour, est inauguré en présence de 400 invités dont le conseiller d’Etat Jacques Vernet, les autorités meyrinoises et des députés des communes voisines et du Pays de Gex. Leur présence illustre l’intérêt de toute une région (même le Dauphiné Libéré et Le Progrès (Lyon) ont relaté cet événement) pour ce nouvel établissement médical. Tous les articles de presse soulignent le fait qu’un tel établissement était fortement attendu par la population et allait permettre de faire gagner du temps de trajet aux patients qui jusque là n’avaient pas d’autre alternative que de se rendre aux HUG. La construction de cet hôpital est à replacer dans la perspective du développement des grandes communes périphériques (Meyrin, Vernier) depuis les années 60.

 construction Hôpital la Tour

La construction de l'Hôpital de la Tour (1975)

Une étoile à trois branches
Il a fallu 12 ans de démarches et 3 ans de travaux (le chantier a été ouvert en janvier 1973) pour concrétiser le projet lancé par l’architecte Fausto Ambrosetti et trois médecins, les Dr René Feuardent, Roger Hofer et Jo Bugmann. Conçu en forme d’étoile à trois branches par l’architecte d’origine tessinoise Fausto Ambrosetti, à qui l’on doit également les bâtiments de la Fondation Nouveau Meyrin (avec le Centre Gilbert) et la Résidence Jura, l’Hôpital de la Tour comptait à l’origine 250 lits (165 aujourd’hui) et a coûté 50 millions. Il a été entièrement conçu et financé par l’initiative privée (fondation à but non lucratif).
Au lieu-dit « La Tour »
Si ce nouvel établissement hospitalier a été implanté à Meyrin plutôt que dans une autre commune de la rive droite, c’est en raison de la disponibilité d’un terrain (verger) que sa propriétaire souhaitait vendre pour une œuvre d'utilité publique. Il était situé dans une zone appelée « La Tour » en raison de la présence d’une maison haute du XVIe s., « la Tour Nergaz» (ch. de la Tour 21), d’où le nom d’Hôpital de la Tour. Le nom officiel complet de l’hôpital à son inauguration était toutefois « Hôpital de la Tour et Pavillon Gourgas », en référence à l’intégration du secteur pédiatrie jusqu’alors situé à la rue Gourgas à Genève (Plainpalais).
Suite à des difficultés financières, l’Hôpital de la Tour a été racheté en 1980 par une société américaine.
  route de Meyrin, années 50
La route de Meyrin dans les années 50. A droite, les vergers dont une partie a fait place à l'hôpital
 
Sources : articles de presse de l’inauguration de l’hôpital ; site internet de l’hôpital de la Tour
1924: adoption des armoiries de la commune

1924: adoption des armoiries de la commune

Jusqu'en 1924, Meyrin ne possédait pas d'armoiries. A l'instar des autres communes, elle utilisait pour ses documents officiels la mention et le timbre, très sobres, de "République et canton de Genève. Commune de Meyrin", avec les armoiries cantonales. Adoptés lors du rattachement de Meyrin à Genève et à la Suisse en 1815, ils devaient représenter et développer le sentiment d'union de la commune au canton.

Proposition cantonale

Dès la fin du XIXe s., certaines communes commencèrent à se doter d'armoiries (ex: Plainpalais, alors commune indépendante, en 1892, Chêne-Bougeries en 1894, etc.). En 1924, le canton décida de faire adopter des armoiries aux communes qui ne l'avaient pas encore fait. Il chargea ainsi les Archives d'Etat de leur faire des propositions. Meyrin reçut la sienne le 24 mai 1924 (courrier non retrouvé dans les archives communales). Le projet soumis ne semble pas avoir enthousiasmé le maire, M. Rochat, sans qu'on sache vraiment pourquoi. Dans un courrier du 27 mai 1924 à l'archiviste cantonal 1), il écrit: : "ce n'est pas volontiers que j'appuierai l'adoption du blason du châtelain de Peney, une épée d'or à champ de gueules [c'est-à-dire sur fond rouge]" et il évoque d'autres idées suggérées par des Meyrinois, comme une croix blanche sur fond vert pour représenter les deux grandes routes traversant le village, ou le blason du genevois Philibert Berthelier qui aurait été châtelain de Feuillasse (à notre connaissance, il n'a en réalité aucun lien avec Feuillasse).

Hommage à deux familles nobles

Le 15 octobre 1924, l'archiviste d'Etat soumet un deuxième projet: des armoiries formées par la juxtaposition de celles de deux anciennes familles nobles de Meyrin, les de Meyrin et de Livron, sur fond vert et rouge (couleurs traditionnelles de Meyrin, d'origine inconnue, qui ne figuraient pas sur les blasons originaux des familles). Ces armoiries sont approuvées par le Conseil municipal dans sa séance du 11 novembre 1924. Ces familles ayant à elles deux possédé les seigneuries de Meyrin, Mategnin, Cointrin et Feuillasse, les armoiries revêtent un aspect symbolique en figurant l'union de ces villages réunis depuis 1794.

La famille de Meyrin, déjà mentionnée en 1289, possédait à Meyrin des terres et une maison forte entourée de fossés, en face de l'actuelle église St-Julien. La première représentation de leurs armoiries (sceau), une épée et deux croissants adossés, date de 1314. Les de Livron quant à eux possédaient le château de Feuillasse avec les seigneuries de Mategnin et de Cointrin aux XVIe et XVIIe s. Leurs armoiries figurent notamment sur un linteau du château Alpar (inclus aujourd'hui dans l'aéroport) et une borne.

armoiries de Meyrin

Dessin des armoiries encarté dans le pv du Conseil municipal du 03.06.1924. Il s'agit probablement du dessin de l'archiviste d'Etat sur lequel le Conseil municipal s'est basé pour adopter les armoiries

Identité visuelle

L'adoption d'armoiries ne relevant pas pour Meyrin d'un besoin, leur utilisation ne fut ni immédiate ni systématique: il faut en effet attendre 1942 pour trouver la première utilisation des armoiries sur les comptes-rendus administratifs. A la fin des années 30, le papier à en-tête et le timbre communal n'arboraient pas encore la "nouvelle identité visuelle" de la commune, même si on trouve déjà des enveloppes munies des nouvelles armoiries.

Descrition héraldique des armoiries de Meyrin: parti, au 1 de sinople, à l'épée haute d'or accostée en coeur de deux croissants adossés d'argent, au 2 de gueule à la bande d'argent et accompagnée de deux cotices de même.

1) ACM A.2.09, Copie-lettres 15 mars 1924-6 avril 1926


Sources:
 

-Dumont, Eugène-Louis. Histoire de Meyrin. Meyrin, 1991, pp. 27-39

-pv du Conseil municipal du 3 juin 1924 et du 11 novembre 1924

-lettre du maire de Meyrin à l'archiviste cantonal, 27 mai 1924, ACM A.2.09, Copie-lettres 15 mars 1924-6 avril 1926

En course d'école à Bâle avec M. le Maire

En course d’école à Bâle avec M. le Maire

En 1944, c’est accompagné par M . le Maire (E. Stettler) que les enfants de 5e et 6e primaire de Meyrin-Cointrin effectuaient une course d’école de deux jours, à Bâle. Exceptionnellement, la course fut organisée par la mairie et non par les enseignants, et eut lieu au début des vacances, pour contourner la récente interdiction par le département cantonal de l’Instruction publique des courses de plus d’un jour. Le vendredi 7 juillet 1944, 40 élèves et 5 accompagnants (dont M. le Maire E. Stettler) partirent en train pour Bâle où ils visitèrent le jardin zoologique (prix d’entrée : 50 cts par personne !) puis suivirent des visites guidées de l’Hôtel-de-Ville et de la cathédrale. Les élèves passèrent la nuit à l’auberge de jeunesse (29.40.- CHF pour 40 personnes!). Quant aux repas principaux, ils furent pris au restaurant (1.35.- par personne pour le souper ; 0.90.- pour le petit-déjeuner, et 1.80.- pour le dîner). Le samedi 8 juillet, le groupe suivit une visite guidée du port et d’un navire-école avant de reprendre le train pour Genève.
Solidarité
 
Si les prix nous semblent aujourd’hui dérisoires, ils ne l’étaient pas en 1944 (par ailleurs période de rationnement dû à la guerre), et dans sa circulaire aux parents, le maire mentionne que « la part des frais accordée à chaque élève par la Commune constitue pour celle-ci un sacrifice ». La part à charge des parents est de 7.- CHF mais « il est cependant entendu qu’aucun enfant ne saurait être privé de cette course pour une raison financière. Les parents qui estiment ne pas pouvoir verser le montant fixé doivent venir en Mairie où chaque cas sera examiné par M. le Maire ». Celui-ci appelle également à la solidarité : « les parents qui peuvent accorder à leur enfant une subvention supérieure à celle qui leur est demandée voudront bien le faire. Ils contribueront ainsi à couvrir les frais des élèves moins fortunés ». Les enfants participaient parfois au financement de leur course par la récolte de vieux papier, de dents-de-lion ou même d’escargots qui leur étaient ensuite achetés par des marchands.
 
La chasse aux escargots pour financer les courses d’école. Classe de M. Jean Eigenmann, années 50. Photo de Jean Eigenmann conservée aux archives communales.
La course d’école, un moment attendu
 
Les documents conservés aux archives communales donnent un aperçu des destinations des courses scolaires des années 40 : Mont-Pèlerin, Les Pacots (Fribourg), La Gruyère, Anzeindaz (Alpes vaudoises). On pratique donc plutôt la marche que les visites : la course à Bâle semble ainsi avoir été une exception.
A une époque où les loisirs et les voyages n’étaient pas si fréquents et faciles qu’aujourd’hui, la course d’école représentait pour certains élèves la seule sortie de l’année et donc un moment attendu dont la privation avait valeur de punition : dans une lettre de 1943 au maire de Meyrin, un enseignant signale que « deux élèves n’ont pas participé à l’excursion [aux Pacots] pour mauvaise conduite notoire pendant la présente année scolaire ».
Une classe de Meyrin dans les années 50. Classe de Melle Eigenmann. Collection privée.
Les Frères Charnaux; histoire de la Campagne Charnaux

Les Frères Charnaux, des photographes renommés

Si un espace de verdure et de détente, et désormais une rue, portent le nom de Campagne Charnaux, c’est en référence à ses anciens propriétaires, les frères Charnaux. Photographes et éditeurs de cartes postales, on leur doit la plupart des images anciennes de Meyrin.

Une famille de photographes
 
Charles (1852-1937), Auguste (1862-1930), Georges (1864-1939) et Marie (1854-1932) sont les enfants de Florentin et Jeanne Charnaux-née Vogt. En 1881, les trois frères reprennent le commerce de photographie de leur père à la place Bel-Air à Genève sous la raison sociale « Charnaux Frères & Cie » et se lancent bientôt dans l’édition de cartes postales. Des trois frères, c’est Georges qui réalise le plus souvent les prises de vues, ses deux frères se consacrant plutôt à l’administration. Les paysages alpestres sont l’un des sujets de prédilection des frères Charnaux. Georges n’hésite pas à voyager dans les régions alpines avec son lourd matériel photographique, notamment dans la région du Mont-Blanc. Mais les cartes des frères Charnaux concernent plus largement toute la Suisse romande et la Savoie.
Meyrin immortalisé
 
Etant domiciliés à Meyrin, dans la propriété qu’ils ont hérité de leur père, les Charnaux ont immortalisé les paysages et bâtiments de la commune : il existe une septantaine de photos représentant Meyrin ou prises à Meyrin dans la première moitié du XXe s. Parmi cette deuxième catégorie, on trouve les séries « Les enfants du village » et « Campagne romande ». Cette dernière représente des scènes de la vie quotidienne à la campagne au fil des saisons, animées par les habitants, témoin d’un Meyrin aujourd’hui disparu (le battage du seigle, les fenaisons, etc.). Certains anciens Meyrinois se souviennent avoir posé enfants devant l’objectif de Georges Charnaux, à une époque où les instantanés n’existaient pas. C’est lors de la Première Guerre mondiale, alors que les voyages deviennent difficiles, que les Charnaux se concentrent sur Meyrin et que naît la série de la « Campagne romande ».
    
Légendes des photos: à g., la cueillette des fruits, série "Campagne romande".
A dr., l''étang de patinage, vers 1910 (zone de l'actuel Centre sportif). Photos: Frères Charnaux et Cie. 
 
La Campagne Charnaux
 
Dans les années 30, les frères Charnaux poursuivent et terminent leur activité à Meyrin, dans leur propriété. Après le décès en 1939 du dernier des frères, Georges, la propriété est achetée par la Commune au seul héritier (établi à Londres), Henri, le fils de Charles. L’achat de cette vaste propriété de 20'000 m2 au cœur du village est effectué le 23 mai 1941 pour la somme de 45'000 CHF. Dès le départ, l’idée est d’y construire une nouvelle école primaire: depuis plusieurs années déjà, l’école sise dans l’actuelle Maison Vaudagne ne correspond plus aux besoins.
 
Démolitions
 
Pour faire place à la nouvelle école, la maison des frères Charnaux et ses dépendances (grange et écurie) sont détruites au printemps 1943 et les matériaux issus de la démolition vendus sur place aux enchères. On pratiquait déjà une certaine forme de recyclage. Par contre, toutes les plaques photographiques des frères Charnaux ont été détruites lors cette démolition...
Contrairement à la Campagne Charnaux actuelle, la propriété des frères Charnaux ne s’étendait pas jusqu’au chemin de la Golette : elle en était séparée par une « bande » constituée de plusieurs parcelles bâties (8) que la commune va acquérir en 1942. Les bâtiments (habitations et granges) qui s’y trouvaient étant vétustes, ceux-ci sont démolis, et leurs matériaux récupérés : la tôle ondulée de la toiture d’un des bâtiments sera ainsi réutilisée pour l’agrandissement de la colonie de vacances La Ruche aux Granges-sur-Salvan (VS) que la commune de Meyrin possède en commun avec le Grand-Saconnex et Prégny.
 
Les travaux de la construction de l’école de Meyrin-Village débutent en juin 1948 et l’école est inaugurée le 11 septembre 1949.
  
Meyrin-Village en 1945. A droite, la Campagne Charnaux : les bâtiments ont déjà été démolis mais la construction de l’école n’a pas encore commencé.

 

L’école de Meyrin-Village et la Campagne Charnaux alors encore exploitée par un agriculteur. 1949

Une zone de loisirs
La première manifestation organisée dans la Campagne depuis son achat par la commune fut la Fête (cantonale) des musiques de campagne, en juillet 1941. La population pique-niqua alors dans la Campagne Charnaux avant d’y assister aux concerts des fanfares du canton. Une nouvelle édition de cette fête eut lieu en 1945.
En septembre 1949, la Campagne accueillit la fête d’inauguration de l’école de Meyrin-Village, avec présentation d’un spectacle. Dès lors, cette zone servit aussi de salle de gymnastique à ciel ouvert pour les élèves. Depuis une date inconnue, elle devint également le théâtre des célébrations du 1er août et des Promotions. Dès les années 70, plusieurs festivals de musique y ont été (et y sont toujours) organisés. 
Aménagements
 
En 1969, une partie boisée fut sacrifiée pour l’agrandissement de l’école qui permit de remplacer les pavillons préfabriqués qui avaient été installés dans la Campagne.
Depuis mars 2000, le portail de Sinmartin accueille les promeneurs qui pénètrent dans la Campagne Charnaux depuis le bas du chemin de la Golette. Ce portail en bois, réalisé et offert à Meyrin par la commune roumaine de Sinmartin, témoigne de l’amitié entre les deux communes suite à l’aide apportée par Meyrin à ce village roumain depuis les années 90.
 
Sources concernant les Frères Charnaux:
Dumont, Eugène-Louis. Histoire de Meyrin. Meyrin, 1991, p. 671
Noir, Christian, et al., Regards inédits sur…Meyrin. Meyrin : Club philatélique de Meyrin, 1995, pp. 103-109
Le comte et la comtesse de St Bon

Le comte et la comtesse de St Bon

La famille Perrault de Jotemps, longtemps propriétaire du château de Feuillasse, n’a pas été la seule famille noble à vivre à Meyrin. Notre commune a également accueilli le comte et la comtesse de St Bon dont la tombe est toujours visible au cimetière de Meyrin-Village.
Alexis Pacoret de St Bon, comte de St Bon (1831-1912) est né à Chambéry dans une famille de la noblesse savoyarde. Titulaire d’un doctorat en droit de l’Université de Turin, il a notamment occupé les postes de substitut du procureur général de la cour d’appel de Chambéry (dès 1866) et d’avocat général de la cour d’appel de Grenoble (dès 1874).
Son frère, l’amiral Simon Pacoret de St Bon (1828-1892), fut quant à lui un personnage célèbre en Italie (lors de l’annexion de la Savoie par la France en 1860, il choisit en effet de rester fidèle au royaume d’Italie alors que son frère Alexis optera pour la France): deux fois ministre de la marine en Italie, il est considéré comme le père de la flotte moderne de la marine italienne . En Italie, plusieurs statues et rues lui sont consacrées.
C’est par son mariage que le comte est entré en lien avec Meyrin : en 1875, Alexis de St Bon épouse en Suisse Marie-Thérèse d’Hauteville (1851) dont la famille, elle aussi de la noblesse savoyarde (Hauteville est situé non loin de Villard-Léger où les St Bon possèdent un château, à une vingtaine de kilomètres de Chambéry), avait une propriété à Mategnin. La mère de Marie-Thérèse, Hélène, était en effet une fille Perrault de Jotemps. Des registres conservés aux archives communales1 témoignent qu’en 1872, Marie-Thérèse d’Hauteville habitait avec sa mère, alors veuve, à Mategnin et qu’elle a ensuite hérité de cette propriété.
Après son mariage, le couple St Bon semble avoir alterné séjours dans le château familial à Villard-Léger et séjours à Meyrin, de plus en plus fréquents jusqu’à la vente par portions du château de Villard-Léger entre 1909 et 1913 (Alexis en avait hérité suite au décès de son frère l’amiral Simon en 1892).
Selon nos informations, la comtesse de St Bon était une femme très pieuse (à Villard-Léger par exemple, elle donnait des cours d’éducation religieuse au château à l’attention des jeunes filles du village. Peut-être a-t-elle fait de même à Meyrin). Amatrice de musique et particulièrement de chant, elle semble s’être occupée à Meyrin d’une chorale de jeunes filles, sans doute en lien avec l’église (voir photo), et s’être engagée dans l’éducation des jeunes filles.  
Mme de St Bon (3e pers. depuis la g., en noir et tenant un livret) dans une chorale de jeunes filles à Meyrin, en 1900. Photo collection privée
La propriété des de St Bon à Meyrin se trouvait près de l’actuelle av. Ste-Cécile. C’est d’ailleurs à Mme de St Bon que l’on doit ce nom : elle avait baptisé ainsi sa propriété à cause de son intérêt pour la musique (Sainte Cécile est la patronne des musiciens). Elle était constituée d’un château (du même style que celui de Feuillasse) et de terrains (Campagne Ste-Cécile), sur lesquels se trouvait une statue de la Vierge2. Les processions religieuses étant interdites sur la voie publique à Genève, Mme de St Bon mettait souvent sa campagne à disposition de la paroisse de Meyrin pour que les processions puissent s’y dérouler.
La propriété St Bon à Meyrin, devenue la campagne Gabus. Photo collection Eric Gabus-De Montmollin
Mme de St Bon a passé la fin de sa vie en ville de Genève où elle est décédée en 1943, sans héritier. Elle avait vendu sa propriété dans les années 20 déjà à une famille Gabus, et la ferme attenante à M. Joseph Sermondade. Les deux bâtiments ont été détruits dans les années 60 pour faire place à la Cité.
Sources : Archives de la commune de Meyrin ; Jean-Michel Reffet, à Villard-Léger (73)

  
A gauche: le château de St Bon à Villard-Léger (73) en 1900, du vivant du comte Alexis. Maison forte du XVe s., agrandie à la fin du XVIIIeà droite: le château en 2001. Copyright Annie Reffet


  Meyrin. Registre des permis de séjour , 1872 (B1.2002 6, ACM); Répertoire des parcelles attribuées aux propriétaires de la commune de Meyrin
2 Cette vierge a été offerte par la famille Gabus à l'église St-Julien après la guerre
Une Swissminiatur à Meyrin?

Années 80 : Meyrin aurait-il pu devenir un haut lieu touristique ?

Dans les années 80, M. Pierre Vuigner, créateur de la Swissminiatur à Melide (Tessin), célèbre parc reproduisant des monuments et sites de Suisse au 1:25e, projetait l’implantation à Meyrin d’une deuxième Swissminiatur, voire même d’une Europe miniature. En 1981, M. Vuigner avait acheté à cet effet un terrain agricole de 27'000 m2 (soit une surface deux fois plus grande que le parc de Melide) en face du Centre sportif de Meyrin.
Pas d’autorisation
Le terrain se trouvait en zone agricole mais son nouveau propriétaire, un peu trop optimiste, pensait obtenir une dérogation. Or, après plusieurs années de négociations, il s’est vu contraint d’abandonner son projet devant le refus du canton de déclasser le terrain. La commune de Meyrin, favorable au projet mais non au déclassement, lui avait proposé une autre parcelle (actuelle Butte de Riantbosson). Cependant, M. Vuigner avait décliné l’offre, considérant que les prix étaient trop élevés.
Opportunités
Le projet de « Swissminiatur bis » à Meyrin prévoyait l’engagement d’une vingtaine d’employés et les retombées économiques pour Meyrin auraient pu être intéressantes (dans les années 80, la Swissminiatur accueillait chaque année 400'000 visiteurs et rapportait en taxes et impôts un demi-million aux collectivités). M. Vuigner avait choisi Meyrin pour sa position favorable, non loin de l’autoroute et de l’aéroport, offrant un potentiel de mouvements de population.
Transports
Avec le recul et notre sensibilité écologique actuelle, on peut s’interroger sur la façon dont M. Vuigner aurait fait venir les visiteurs depuis Genève dans la région du centre sportif, zone à cette époque difficilement accessible en transports publics. Dans les articles parlant de ce projet, il n’est jamais fait mention d’accessibilité en transport public, signe qu’à l’époque on était encore sous le règne du « tout voiture ».
Sources : articles de 24 Heures du 10.03.1984 et du Matin du 05.09.1984 

 

Le service divin incompatible avec le service du vin

Au XIXe s., la religion et ses rites influençaient fortement le rythme des activités dans les localités, non seulement pour les pratiquants mais aussi pour les autres. Ainsi, cafés et restaurants devaient être fermés pendant les heures de culte. Cette obligation ne semble toutefois pas avoir toujours été respectée à en croire une lettre du lieutenant de police de la République et canton de Genève au maire de Meyrin, datée du 22 février 1820:

Monsieur,

J’apprends avec peine que dans diverses communes, les cabarets restent ouverts le dimanche à l’heure du service divin et qu’on y donne à boire comme à une autre heure : vous sentez comme moi que le respect dû au culte religieux ne saurait s’allier avec un usage aussi scandaleux ; que d’ailleurs l’arrêté du Conseil d’Etat du 22 août 1817 porte art. 5e « que les auberges, cabarets et bouchons seront fermés pendant les heures du service divin et que nul ne doit y être admis ». En conséquence je vous invite Monsieur (dans le cas où ce désordre aurait lieu dans votre commune) à prévenir vos administrés que votre intention est de le faire cesser et après leur avoir donné cet avertissement, vous voudrez bien charger vos gardes champêtres de faire des tournées dans les cabarets à l’heure du service religieux, avec ordre de vous faire rapport des contraventions qu’ils auront reconnues (…).

Agréez Monsieur le Maire l'assurance de ma parfaite considération.

Martin Bertrand, lieutenant de police

Les registres de délits ruraux (équivalents des registres de contraventions) conservés aux Archives de la commune ne font pas état de contraventions dressées en 1820 suite à cette lettre. Peut-être les Meyrinois étaient-ils de « bons élèves » dans ce domaine…

Source : Archives de la commune de Meyrin, boîte A.4.05, fourre A.4.05/02
 

Histoire du Terrain Jakob

Depuis 33 ans, l’Association du Terrain Jakob gère et exploite le Terrain Jakob mis à disposition par la Commune. Les archives communales, en collaboration avec l’Association du Terrain Jakob, vous proposent un retour en quelques lignes sur « l’aventure » de ce terrain.

En 1972, un groupe de parents épaulés par le Centre de loisirs (Maison Vaudagne) met sur pied pendant l’été des activités de plein air pour les enfants sous le nom de « colonie journalière ». Le but est d’offrir aux enfants restant à Meyrin durant les vacances une occupation hors du cadre bétonné de la cité. Ces activités se déroulent sur un terrain mis à disposition par un monsieur déjà âgé, M. Hans Jakob Trachsler, et entourant sa maison. Ce terrain est idéal car il est situé en pleine nature, à la lisière des bois de la Maille. Les enfants peuvent construire des cabanes dans le bois et des ponts et barrages dans le fossé. On y trouve aussi des lapins et des animaux de basse-cour qui vont faire la joie des enfants. M. Trachsler, qui prend plaisir à jouer avec les enfants, installera également un téléphérique entre deux arbres.

M. Trachsler avait hérité de cette propriété en 1968 suite au décès de Mme et M. Egli (agriculteur et mécanicien chez Tarex, usine de machines et d’outillages mécaniques à Carouge). Il avait été le fidèle intendant du couple parallèlement à son travail chez Kusner, fabricant de machines pour le conditionnement des produits laitiers, à Vernier. M. Trachsler habitait avec le couple dans cette maison de deux étages (cuisine et 2 modestes chambres au rez-de-chaussée; 3 chambres au 1er étage).            

   
Hans Jakob Trachsler, vers 1955. Collection W. Haller.

La rénovation de la maison en 1981

La Commune se porte acquéreur
La première édition de la Colonie ayant remporté un vif succès (entre 60 et 90 enfants de 6 à 12 ans y ont participé), l’expérience est reconduite les années suivantes avec le soutien financier de la Commune et on commence à désigner le terrain par l’un des prénoms de M. Trachsler, Jakob. Le Terrain Jakob était né. Dès l’été 1973, la Commune entre en négociation avec M. Trachsler pour acheter sa propriété, dans le but de pérenniser la Colonie journalière. Elle rejoint en cela les aspirations des organisateurs de la Colonie qui presque en même temps demandent aux autorités d’acquérir cette parcelle. Les tractations avec M. Trachsler sont sur le point d’aboutir lorsque survient son décès le 16 mars 1974. Les discussions continuent alors avec les héritiers. Mais ceux-ci se montrent financièrement plus exigeants que M. Trachsler, à tel point que la Commune se met à la recherche d’autres terrains susceptibles d’accueillir la Colonie. Les négociations s’enlisent, les autres terrains envisagés se révèlent difficiles d’accès ou nécessitent trop d’aménagements, et les organisateurs ainsi que des parents manifestent leur mécontentement sur fond d’animosité politique. Finalement, le 30 mars 1976, la Commune achète le terrain Jakob pour 585'000.- CHF.

L’Association du Terrain Jakob voit le jour
Dès 1977, la Commune confie la gestion du terrain à l’Association du Terrain Jakob qui a été officiellement fondée le 15 décembre 1976 et dont les buts sont l’animation et l’exploitation du Terrain Jakob pour l’ensemble de la population meyrinoise. L’utilisation du Terrain Jakob est donc étendue à d’autres activités que la Colonie journalière et rendue possible toute l’année. Il s’agit alors pour la nouvelle association d’aménager la maison et de consolider ses dépendances. En 1981, la maison est rénovée. En juin 1982, le Terrain Jakob est le théâtre d’une opération particulière : l’évacuation d’un bateau ! En effet, depuis plusieurs années, déjà du temps de M. Trachsler, une partie du terrain était  mis à disposition d’un particulier qui y construisait des bateaux. Mais le « chantier naval » ayant été abandonné, il était devenu nécessaire pour des raisons de sécurité d’évacuer l’embarcation non achevée.

 
Evacuation du bateau, juin 1982

Vous pouvez nous aider
M. Trachsler tient une place importante dans l’histoire du terrain auquel il a donné son nom. Pourtant, nous n’avons qu’une photo de lui. Si vous en possédez, ou d’autres documents liés à l’histoire du Terrain Jakob ou de la colonie journalière, nous vous serions reconnaissants de contacter les Archives communales (022.989.34.79 ou par mail : Francois.Beuret@meyrin.ch) ou M. Bernard Gendre, président de l'Association du Terrain Jakob (022.782.11.39 ou par mail : bgendre@sunrise.ch)

Un roi enterré à Meyrin!

Le cimetière de Feuillasse abrite depuis 1977 un hôte illustre : l’ancien roi du Burundi Mwambutsa IV Bengiriceng (1912-1977). Celui-ci a passé la fin de sa vie à Meyrin après un règne au cours duquel a été proclamée l’indépendance du Burundi (1962). 

Avant-dernier roi de la dynastie Ganwa qui a régné sur le Burundi pendant plus de trois siècles, Mwambutsa IV a accédé au trône en 1915, à l’âge de 3 ans. Le Burundi était alors un protectorat allemand avant de passer sous celui de la Belgique après la Première Guerre mondiale. Le fils de Mwambutsa IV, le prince Louis Rwagasore, fut assassiné en 1961 à cause de son combat pour l’indépendance du pays, indépendance qui fut proclamée en 1962. Le Burundi devint alors une monarchie constitutionnelle dont le roi était Mwambutsa IV. Mais en juillet 1966, il fut destitué par son deuxième fils, Charles (Ntare V), âgé de 19 ans, lui-même déposé quelques mois plus tard lors du coup d’Etat qui mena à l’instauration de la république, puis assassiné en 1972.

Après sa destitution, Mwambutsa IV vécut en exil en Suisse (où il avait déjà séjourné à plusieurs reprises), à Genève puis à Meyrin.

Les Meyrinois pouvaient croiser cet ancien chef d’Etat dans les rues de la Cité, comme en témoigne un article paru dans Le Monde du 15.11.1976 : « A Meyrin, banlieue résidentielle proche de l’aéroport de Cointrin, où il est installé, l’ancien chef de l’Etat du Burundi n’est pas un inconnu. Lorsqu’il se promène, beaucoup de passants le saluent amicalement d’un populaire « Bonjour, monsieur » (…). Ce même article nous en offre une description non dénuée de souffle littéraire: « Légèrement voûté par l’âge, et par les soucis, ce sexagénaire volubile, qui s’exprime dans un français qu’il maîtrise relativement mal,  témoigne d’une affabilité toute romande. Il est de taille relativement modeste (…). Le crâne entièrement chauve, dissimulant une légère myopie derrière des lunettes à la lourde monture d’écaille, M. Mwambutsa est vêtu avec beaucoup de recherche (…). Son costume prince-de-Galles, son pardessus de vigogne, ses botillons, ses gants de peau, pourraient venir directement de Savile Row [rue de Londres célèbre pour ses tailleurs pour hommes haut de gamme] ».

Sûr que cet homme, dont l’effigie a figuré sur les pièces de monnaie et les timbres burundais, ne devait pas passer inaperçu dans les rues de notre cité. 

Actuellement, plusieurs articles sur internet signalent la présence de sa tombe à Meyrin et certains Burundais seraient favorables à un rapatriement du corps de leur ancien roi qui a marqué une page de l’histoire du Burundi.

Photo du roi Mwambutsa IV durant son règne (site TSR, dossiers)

  

La tombe de Mwambutsa IV au cimetière de Meyrin-Feuillasse

ABC...Z, ou les 35 ans du Groupe scolaire des Champs-Fréchets

En septembre 1974, 8 classes (sur un total de 19) du groupe scolaire des Champs-Fréchets étaient mises à la disposition des élèves, alors que la construction se poursuivait. En effet, le complexe n’a été terminé qu’en 1976 et l’inauguration officielle n’eut lieu qu’en 1977. Alors que le groupe scolaire fête cette année les 35 ans de la première étape, nous nous sommes penchés sur la construction de ce bâtiment.

La construction du groupe scolaire des Champs-Fréchets s’inscrit dans une période de fort développement des infrastructures communales : école de Livron (1972), Centre médico-social et culturel (CMS;1975), Centre sportif (1978, pour la patinoire, 1979 pour la piscine). Le concours de projets pour l’école des Champs-Fréchets est lancé en 1971. Des 37 projets reçus, c’est celui de l’architecte Jean-Pierre Dom (qui a notamment participé à la conception de la patinoire des Vernets) qui sera choisi. Son projet, ABC…Z, se présente sous la forme d’une juxtaposition de blocs en croix. Le projet initial prévoyait également des classes enfantines qui n’ont finalement pas été réalisées.

Pour visualiser un des projets non retenus, cliquez ici: projet Hippocampe (atelier d'architectes E. Luisoni & C.T. Lin).

Le premier coup de pelle est donné le 12 novembre 1973 et en septembre 1974 déjà, 8 classes sont mises à la disposition des élèves, après une course contre la montre qui a vu les ouvriers travailler certains week-ends. Le concept du projet, avec ses différents blocs, a permis un échelonnement de la construction. En septembre 1975, le reste des classes (11) est prêt mais il faut attendre 1976 pour voir l’achèvement du complexe, avec la mise à disposition de la halle de gymnastique et de la piscine.

 

Phase finale des travaux de terrassement, décembre 1973

Hiver 1974

Ce n’est que le 10 septembre 1977 qu’eut lieu l’inauguration officielle du Groupe scolaire des Champs-Fréchets. Lors de cette inauguration, le public a pu entendre la Fanfare municipale et des chansons interprétées par des élèves de l’école, en plus des inévitables discours (du Maire, Pierre Pachoud, et du conseiller d’Etat chargé du Département de l’instruction publique, André Chavanne). Il a également eu l’occasion de visiter le bâtiment, d’assister à des démonstrations sportives et même de participer à un grand bal. Articles de presse de l'inauguration à télécharger: La Suisse, 11.09.1977; La Tribune de Genève, 12.09.1977.

La construction du groupe scolaire ne s’est pas faite sans douleur. En effet, deux affaires (qui ont trouvé leur épilogue devant les tribunaux) ont émaillé ce projet : un dépassement de crédit de 9 millions (pour un prix de départ de 13 millions), dû à l’augmentation des volumes par l’architecte en cours de projet, sans que les autorités et la population n’aient vraiment été mises au courant ; et des problèmes d’étanchéité (infiltrations d’eau) dès 1976.

De la Villa Montgardin à la Villa du Jardin alpin

Les Archives possèdent une carte postale des Frères Charnaux (photographes meyrinois) portant un cachet postal de 1928 et représentant la « Villa Montgardin [à] Meyrin près Genève ». Ce bâtiment, construit au milieu d’un parc boisé, n’est autre que l’actuelle Villa du Jardin alpin. Les Archives vous proposent de découvrir l’histoire de cette propriété et de son parc aujourd’hui fort appréciés des Meyrinoises et Meyrinois.

La Villa Montgardin
Avant de devenir propriété communale en 1960, le Jardin alpin et sa maison de maître appartenaient à M. Amable Gras (1872 (ou 73) -1952), important négociant en tissus de la rue de Coutance à Genève (dont le commerce existe toujours) et originaire des Hautes-Alpes (voir encadré ci-dessous). Ce domaine était alors connu sous le nom de « Campagne Gras » et se trouvait en dehors de toute zone construite. La Villa Montgardin a été construite vers 1880. Quant au choix du nom donné à la villa (« Montgardin »), il s'agit d’un hommage à la localité d’origine de M. Gras, Montgardin, dans le département français des Hautes-Alpes. On relèvera également l’étymologie latine de ce nom : mons gardinus, « jardin de montagne », qui correspond à ce que M. Gras avait aménagé dans sa propriété, un jardin alpin.

Un jardin qui suscite l’admiration
Amable Gras, décoré de la médaille militaire 1914-1918 et Chevalier de Saint-Grégoire le Grand (ordre conféré par le Vatican à des catholiques en reconnaissance de leur service à l'Eglise), était actif au sein de la colonie française de Genève et dans des œuvres philanthropiques (ventes de charité françaises). Son intérêt pour les plantes alpines l’a amené à aménager une rocaille dans sa propriété (à proximité du chalet), avec un ruisseau et un petit lac. Ce premier « jardin alpin », entretenu par son jardinier-chef Annibal Miazza (qui habitait dans l'annexe), avait acquis un certain degré de renommée et d’admiration, au-delà même des frontières genevoises. Ainsi, le numéro 4656 (28.05.1932) du magazine français L’Illustration sur le thème des jardins a consacré un article au « Jardin Alpin de M. Amable Gras à Meyrin » dans lequel figure notamment une photo en couleurs des rocailles en fleurs. L’hebdomadaire L’Illustration était à l’époque la référence des revues illustrées et la lecture du sommaire de ce numéro nous montre que le jardin de M. Gras avait été jugé assez remarquable pour figurer aux côtés d’exemples prestigieux, français pour la plupart, comme des jardins de châteaux (Villandry) ou de riches villas de la Côte d’Azur. En 1931, la Société d’horticulture de Genève a tenu son assemblée générale dans la propriété de M. Gras et les 300 personnes présentes n’ont pas manqué d’admirer ce jardin : « Le clou de cette visite fut le jardin alpin aménagé avec un art consommé par M. Gras. Jardin actuellement en pleine floraison, où se jouent dans les méandres d’un délicieux petit lac et d’un ruisselet charmant, les feux éclatants de mille fleurs, où les ors les plus chauds des primevères s’harmonisent avec toute la gamme mauve des aubretia et le rose tendre de minuscules amandiers. M. Georges Boccard, président, remercia en termes éloquents M. et Mme Gras (…) et les félicita chaleureusement pour la splendeur de leur jardin alpin qui a fait l’admiration de tous» ( Le Journal de Genève, 12.05.1931).

La rocaille en 1932. Photo publiée dans le magazine français L'Illustration (n°4656) du 28.05.1932

Un destin communal
Après le décès d’Amable Gras en 1952, le jardin fut quelque peu laissé à l’abandon et la villa fut ensuite louée à des tierces personnes, alors que le bâtiment annexe fut occupé par la belle-mère et la belle-sœur de M. Gras (et ce jusqu’en 1972). Après le décès de Mme Gras en 1960, le maire de Meyrin de l’époque, M. Stettler, propose au Conseil municipal de déclarer d’utilité publique la Campagne Gras pour éviter son morcellement par ses héritiers et d’en faire l’acquisition. L’achat est voté le 10 août 1960 pour la somme de 625'000.- CHF. Dès ce moment, il est question de transférer dans la villa la Mairie installée jusque-là à la Campagne Charnaux et devenue trop petite. Pour cela, Meyrin devra patienter jusqu’à la fin du bail du locataire de la villa (1962). Après transformation, une nouvelle page s’ouvre ainsi dans l’histoire de la villa qui devient en octobre 1962 (inauguration le 13.10.1962) la Mairie de Meyrin.

Son aménagement intérieur était le suivant : « Au rez-de-chaussée [sont] installés la salle des mariages [dans la véranda] et le secrétariat général. Au premier étage le bureau du maire, ceux des adjoints, ainsi que leur secrétariat. Les services (…) [sont] scindés en deux parties distinctes. La première [groupe] les services d’Etat-civil, le service de police, le secrétariat proprement dit du Conseil municipal. La seconde [voit] s’installer l’administration générale de la comptabilité mécanisée » (pv du Conseil municipal du 30.05.1962).

Quant au jardin alpin, il est remis en état et développé par les jardiniers de la Commune. L’ensemble du jardin est le plus souvent désigné dans les documents comme le parc de la Mairie, du moins jusqu’à ce que le jardin alpin soit « inauguré officiellement » en mai 1968 (cf.  Le Journal de Genève, 27 mai 1968). Une déclaration faite dans le pv du Conseil municipal du 28 mai 1968 à l’occasion de cet « événement » laisse penser que jusqu’à cette date, le jardin alpin ou même une grande partie du parc n’étaient pas accessibles au public (un conseiller municipal « remercie de l’ouverture au public du magnifique parc de la Mairie »). 

Chose inimaginable aujourd’hui où la sensibilité au patrimoine est plus forte, la villa a bien failli disparaître sous l’action des pelles mécaniques : en effet, dans l’idée du maire de l’époque, M. Stettler, l’occupation de la villa par les services de l’administration ne devait qu’être provisoire, le temps de construire une nouvelle mairie dans le parc, à un autre emplacement : « La future mairie ne sera pas construite où se trouve la villa et cette villa pourra subsister jusqu’au dernier moment, et quand nos bâtiments seront terminés, elle sera rasée » (pv du Conseil municipal du 26.09.1961). Cette idée a heureusement été abandonnée et finalement la mairie s’installera en 1974 dans le bâtiment où elle se trouve encore aujourd’hui (ex-Centre médico-social). De 1962 à 1974, la population meyrinoise est passée d’environ 6500 habitants à 18'000, rendant indispensable le déménagement de la Mairie dans un plus grand bâtiment.

Fleurs et art
Depuis le déménagement de la mairie en 1974, et surtout depuis l’incendie du bâtiment annexe (17 octobre 1974) qui les abritait, la villa sert de vestiaires, de maison des jardiniers et de bureau au service des parcs jusqu’à son installation au CVH en 1978. Peu à peu, les locaux, qui ont même servi à la culture de plantes, se dégradent. Dès 1979 s’ouvre alors une réflexion sur la rénovation et une nouvelle affectation de la villa et du bâtiment annexe. Si l’idée du Conseil administratif de faire de la villa un tea-room est rapidement abandonnée, notamment en raison de sa situation un peu excentrée, celle d’en faire un lieu d’exposition s’impose vite. Le but était aussi de pouvoir y organiser des événements tels que réception des nouveaux citoyens, remise des Mérites, apéritifs de mariages (Forum Meyrin n’existait pas encore !). Un premier projet, dont les plans sont conservés aux Archives, prévoyait la création de volières autour du bâtiment annexe, pour donner une nouvelle attractivité au jardin et rendre cette annexe oblongue plus esthétique. Cette option a été abandonnée pour des raisons de coûts au profit d’une verrière.

C’est ainsi qu’après transformations s’ouvre une nouvelle étape de l’histoire de la villa, la 3ème : le 18 février 1984 est inaugurée la première exposition dans ce qui est désormais la Villa du Jardin alpin. Et petit clin d’œil à l’histoire, les nouveaux rideaux de la Villa du Jardin alpin ont été fournis par le magasin Gras ! Quant au bâtiment annexe, il abrite des ateliers d’artistes et un local pour les jardiniers.

Concernant le Jardin alpin, il est procédé à une ré-arborisation de ses pourtours et à une extension en direction du giratoire Lect (cela correspond à la partie qui accueille aujourd’hui la roseraie et la place de jeux).

 Le Jardin alpin vers 1984, avant la création de la roseraie. Photo Piraud & Grivel

Amable Gras

Amable Gras ((1872 (ou 73) -1952), Français originaire de Montgardin dans les Hautes-Alpes, a d’abord travaillé comme vendeur dans un commerce de textiles à Genève avant de fonder en 1905 son propre commerce (Tissus A. Gras) à la rue de Coutance. N’ayant pas eu d’enfant, il remit celui-ci à son neveu Emile Mossaz en 1936.
Lors de la première Guerre mondiale, Amable Gras fut appelé sous les drapeaux au service de la France. Son engagement lui valut la médaille militaire 1914-1918.
Actif dans des œuvres philanthropiques à Genève (ventes de charité françaises), il a également joué le rôle de mécène pour la paroisse catholique de Meyrin. M. Gras a en effet pris en charge la rénovation intérieure de l’église St-Julien en 1927, l’acquisition de quatre vitraux (1927) et l’achat de bancs en chêne. Cet engagement vaudra à Amable Gras de recevoir en 1930 le titre de Chevalier de l’ordre de Saint-Grégoire le Grand (titre conféré par le Vatican à des catholiques en reconnaissance de leur service à l'Eglise).
M. Gras nous est décrit comme un homme distingué et courtois, à la moustache toujours bien lissée. Les enfants de chœur de Meyrin se souviennent de leur excursion annuelle dans sa Pic-Pic, l’une des seules voitures du village à l’époque.
A. Gras. Photo collection privée

 

Une locomotive aux armoiries de Vernier-Meyrin

Le samedi 11 novembre 1978, en présence de la population et des autorités meyrinoises, ainsi que du conseiller d’Etat genevois Alain Borner, les CFF ont baptisé une de leurs nouvelles locomotives du nom de Vernier-Meyrin. Les deux communes étaient dès lors dotées d’une ambassadrice de poids, cette locomotive étant affrétée aux lignes du Gothard et du Simplon.

Le choix des CFF de donner le nom de Vernier-Meyrin à une locomotive s’inscrivait dans une série de 45 nouvelles unités aux armoiries de communes suisses de moyenne importance. Les CFF ont expliqué le choix de Vernier et Meyrin par le fait que « la station de Vernier-Meyrin représente une place de choix en raison de son important trafic marchandises et des possibilités d’expansion des deux communes » (La Tribune de Genève, 13.11.1978).

Les locomotives de cette série, les Re 6/6 (n°11636 pour celle de Vernier-Meyrin), étaient alors les plus puissantes des CFF, atteignant 140 km/h., avec  une puissance de 7800 kw. (par comparaison, les plus puissantes locomotives CFF actuelles, les Re 460, ont une vitesse maximale de 230 km/h, avec une puissance de 6100 kw). A noter que la partie électrique de cette série avait été réalisée par les Ateliers Sécheron à Genève.

Le baptême de cette locomotive, organisé conjointement par les deux communes, s’est tenu en gare de Vernier-Meyrin. Sur suggestion des CFF, un concours de dessins avait été lancé pour les élèves de 6ème primaire. Il s’agissait de faire un dessin collectif par classe sur le thème des voyages ou des transports ferroviaires. Ainsi, 174 élèves de Meyrin et 226 de Vernier y ont participé et ont eu l’occasion de voir leurs œuvres exposées dans le hangar CFF. Quant aux deux classes lauréates (une par commune; pour Meyrin, une classe de l’école des Boudines), elles ont eu l’honneur de procéder au baptême en dévoilant les armoiries de leur commune respective.

 

Photo : La Tribune de Genève, 13.11.1978

Le journaliste de la Tribune note qu’« il y a un écusson sur chaque flan [de la locomotive] et [que] l’on a poussé la coquetterie jusqu’à orienter la locomotive de telle façon que chaque écusson regarde vers sa commune » !
Les classes gagnantes ont également reçu de la part des CFF un bon ferroviaire pour leur course d’école de fin d’année. Quant au Conseil administratif de Meyrin, il a offert à chaque classe meyrinoise participante (6) un bon de transport de 100.- CHF.

La cérémonie s’est déroulée « en présence d’un nombreux public et d’une nuée d’enfants » selon la presse, avec la participation des fanfares de Vernier et de Meyrin. Pas de cérémonie sans discours : parmi ceux-ci, on peut relever l’esprit visionnaire (et déjà écologique) du maire de Meyrin de l’époque, Claude Blanc, qui a soulevé le fait que le chemin de fer est un moyen de transport d’avenir pour des raisons notamment écologiques. Quant au maire de Vernier, M. Fritz Hämmerli, il a relevé que ce baptême correspondait de manière fortuite aux 120 ans de la ligne reliant Genève à Lyon et passant par la gare de Vernier-Meyrin, construite pour l’occasion (Ensemble n°88, déc. 1978).
Les Meyrinois ont ensuite eu l’occasion de visiter «leur » locomotive et d’admirer les dessins des élèves.

        

  Cliquer sur l'image pour voir le programme de l'inauguration

A noter la bonne entente, sur le plan ferroviaire en tout cas, du « couple » Vernier-Meyrin, puisque la Re 11636 Vernier-Meyrin est toujours en service (même si elle a troqué son vert militaire d’origine contre une robe rouge), et qu’elle a même été commercialisée sous forme de modèle réduit…

Illustrations:
Cliquez ici pour voir une photo de la locomotive (photo prise en 2006 par David Harlott; site fotopic.net)
Cliquez ici pour voir une photo des armoiries sur la locomotive (site locosuisse.ch ; photo de Marc Striffeler)
Cliquez ici pour voir une photo du modèle réduit (site : forum Spur-N-Schweiz.ch)

Pas si sages, les Meyrinois?

Plusieurs registres couvrant les années 1819 à 1934 recensent les « délits ruraux (sic) » de la commune (équivalent des registres des contraventions actuels). La dénomination de ces registres est l’occasion de rappeler que jusqu’à la construction de la Cité au début des années 60, Meyrin était un village vivant au gré des travaux de la terre et du bétail. En 1896, Meyrin comptait 672 habitants ; en 1910, 1037 hab.

Outre la dimension insolite de certains délits pour des citadins de 2008, ces documents témoignent des infractions et, partant, des préoccupations de l’époque.

 

 Exemples de « délits » :

Date Nom du "délinquant" Délit Condamnation
30 octobre 1819   La femme de M. Bauché, fermier chez Marc Debrit à Matignin a été trouvée par G. Ricard garde champêtre à trois et demie heures après midi à laver la lessive dans un courant d’eau sortant du réservoir d’une fontaine appartenant à la commune de Meyrin Le délinquant ci-contre s’est arrangé par devant M. le Maire 
27 juin 1897 Bouvard François  Pour avoir vidé la fosse des latrines du Cercle de l’avenir pendant la journée payé 3 fr.
20 mai 1914 Clot François  Brutalisé son cheval payé 2 fr.
29 mai 1914     Marchandon Victor  Passé dans les prés non-récoltés  payé 1.50 fr.
19 juillet 1914  Loyal [prénom illisible]  Poules sur la propriété d’autrui payé 2 fr.
19 mars 1915 Garin Marie    Maraudé des légumes  payé 2 fr.
23 mai 1915  Gérodo Jean Cueilli du lilas chez autrui sans suite

 D’autres infractions témoignent que le comportement humain n’a pas vraiment changé :

Date Nom du "délinquant" Délit Condamnation
6 juin 1914 Klein Alfred  

Allure exagérée en automobile 

payé 5 fr.
16 août 1915 Moret Frédéric  Rixe et bataille payé 4 fr.
31 octobre 1915  Gaillard Charles    Ivresse complète conduit au violon
30 juillet 1919  Bussien Alexandre Port d’arme prohibée  payé 5 fr.
14 novembre 1914 Mickonzik Louba Sans permis de séjour transmis [au canton]


L’absence de permis de séjour (ou le retard dans le permis) est une infraction assez fréquente (15 en 1915 sur un total de 88 délits).

A noter qu’on ne rigole pas avec les infractions car la rubrique du registre porte rien moins que le titre « Nom et prénoms du délinquant » !

Afin de se faire une idée de la valeur des contraventions, voici quelques prix de l’époque :

En 1900 : 1 kg de viande de bœuf : 1.60 fr.
  1 kg de pain bis : 32 cts
  1 l. de lait : 20 cts

(source : Eiselé André, Regard sur une belle époque : la Suisse de 1900 à 1909. Prilly : éd. Eiselé, 1990, coll. Mémoire du siècle, p. 17)

Ces registres constituent également une source indirecte de renseignements sur les loisirs des Meyrinois : exploitation d’un phonographe sans patente, loterie sans autorisation (1905) ; théâtre Guignol sans patente (1916) ; cinématographe sans patente (1914) ; carrousel sans patente (1921 et 1929).