Le Point d'interrogation et le Jardin des disparus
Il y a 10 ans, la commune de Meyrin mettait un jardin à disposition de l’association Jardin des disparus pour devenir un lieu de mémoire en l’honneur des personnes disparues.
Un immense cri, venu de loin, soulève la terre et la brise au moment où le point d’interrogation s’enfonce dans la terre, comme les questions qui ne seront jamais tues et auxquelles il faudra bien répondre un jour.
Anne Blanchet
POINT D’INTERROGATION, 2010
Après des mois de travail, l’œuvre est enfin réalisée au millimètre près. Il a fallu tenir compte du sol et de ses inconvénients, de l’avenir et des mouvements possibles, étudier le plus précisément possible chaque matériau utilisé. Aujourd’hui, l’ouverture sur cette parcelle est plus forte, plus accueillante, plus en paix…
La disparition provoque d’innombrables interrogations : sur la vie, la mort, la justice, sur les possibilités et les moyens d’action. L’absence de réponse, l’incertitude et le doute m’ont amenée à marquer dans la terre cette interrogation.
Ce signe est utilisé dans d’innombrables langues. Pour nous, il vient du latin ( il serait la représentation graphique du mot qo dérivé du nom quaestio), mais il se retrouve en chinois, en japonais, en coréen, en arabe, parfois tourné dans un sens ou dans l’autre.
POINT D’INTERROGATION.
Rayon 13,50 m Largeur du muret 0.30 m
Hauteur du muret: entre 40 et 0 cm
Diamètre de la plaque : 2 m
Un grand point d’interrogation de 32 m de long, constitué par un muret de 30 cm de large, est couché dans la pente du parc. Son inclinaison est légèrement supérieure à celle du sol. Dans sa partie haute, le muret retient la terre sur une hauteur de 40 cm, on peut s’y asseoir ; en son point le plus bas, il disparaît dans l’herbe. Sur le pourtour extérieur, l’herbe affleure le sommet du mur.
Matériau : béton extra blanc, avec granulat de marbre grec, surface mate et poudreuse. Eclairées par le soleil, les paillettes de marbre reflètent la lumière.
Le POINT D’INTERROGATION constitue un décalage dans la pente du parc. Cette coupure dans la planéité est pour moi comme la plaie jamais fermée de la disparition. Cassure, faille.
Un immense cri, venu de loin, soulève la terre et la brise au moment où le point d’interrogation s’enfonce dans la terre, comme les questions qui ne seront jamais tues et auxquelles il faudra bien répondre un jour.
L’espace circulaire offre un lieu pour se rassembler, se réconforter, se recueillir, garder espoir. On peut y retrouver la mémoire des disparus au-delà de l’absence. C’est un lieu dans lequel on peut se sentir protégé. Lors de manifestations, il constituera une sorte de théâtre pour les orateurs et les musiciens. Mais cette forme circulaire n’est pas refermée sur elle-même, elle est ouverte et s’élance vers le monde : elle incite à débattre et à se tourner vers l’extérieur, vers l’action.
Revendiquer est un geste fort. Il se manifeste ici graphiquement par le point. Comme on frappe sur le papier pour apposer le point de l’interrogation, on exige une reconnaissance des faits, une explication, on veut que VERITE ET JUSTICE soient faites.
Je n’ai pas voulu d’une intervention en hauteur. Il ne s’agit pas d’exacerber les émotions, mais de leur donner un lieu pour se dire. La perception de cette installation, son inscription dans l’herbe est nette, mais sans violence. Rien n’est fermé et la faille s’amenuise jusqu’à disparaître.
Anne Blanchet, Genève
www.anneblanchet.com
Une plaquette reflétant tout le travail de mise en place de cette oeuvre a été éditée; elle est disponible sur demande pour la somme de 15.-.